Permaculture: un guide complet [PDF]

Aménagements pratiques à la campagne et en ville

Permaculture II Par Bill Mollison
Traduction française : François Couplan
Source: http://permaculture2.coerrance.org


Avertissement  A l’exception de la région méditerranéenne, le climat de l’Europe est plus froid que celui de l’Australie, où a été conçu cet ouvrage. Les plantes proposées ne peuvent donc pas toutes s’adapter à nos régions. La permaculture y est pourtant pratiquée avec succès depuis plus de dix ans.


 

perma

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1. INTRODUCTION

Permettez-moi d’abord de vous dire que je considère la permaculture comme un système énergétique complet, sûr et durable. La permaculture, telle qu’elle est ici définie, se veut une méthode d’agriculture planifiée, dont le choix, la disposition sur le terrain et la conduite des plantes et des animaux constituent la base. Dans ce sens, cet ouvrage n’est pas un livre de «jardinage ».

Il est donc bien possible que Permaculture 1 soit le premier livre sur les plantes dont la planification fonctionnelle, et non l’arrangement décoratif forme le thème principal ; car en ce qui concerne la production d’énergie nous retirons bien plus de bénéfices de la planification que de la répartition au hasard des espèces, quelle que soit la valeur intrinsèque des plantes et des animaux.

Permaculture 2 essaie d’avancer des suggestions pratiques sur la manière d’obtenir ces bénéfices énergétiques, depuis l’environnement domestique jusqu’aux superficies importantes. Les plantes ne sont pas seulement intéressantes par elles-mêmes, mais elles modifient également le climat local et diminuent de nombreuses formes de pollution. La permaculture est un système décentralisé, qui peut être utilisé par quiconque sait jardiner. Centrée sur l’implantation des individus ou des groupes, son objectif premier est le bien-être de l’homme et la satisfaction des besoins de ceux qu’elle prétend servir.

L’intention de Permaculture 2 n’est donc pas de proposer une solution particulière, ou de faire une liste de plans pour tous les climats et toutes les situations, mais d’illustrer les façons dont des approches et des solutions nouvelles ont été développées — la plupart d’entre elles utilisant peu d’énergie, et produisant toutes plus de calories qu’elles n’en consomment. La permaculture a maintenant été expérimentée à travers toute l’Australie, dans diverses zones climatiques. Ni David Holmgren ni moi-même ne prévoyions l’accueil enthousiaste qu’a connu Permaculture 1 et la demande qui a suivi pour des plans détaillés, des conférences, des ateliers, des stages, des conseils et des études sur le terrain. De nombreuses personnes nous ont écrit qu’elles pratiquaient, ou imaginaient, des systèmes similaires et que nous avions exprimé leurs idées dans Permaculture 1, qui était une retranscription hâtive de nos notes quelque peu brouillonnes. C’est avec plus de loisir et de plaisir que ce second volume est préparé et rédigé. Comme il ne peut couvrir tous les cas ou tous les climats, le lecteur devra l’adapter à ses conditions locales, mais l’idée de planifier des systèmes requérant peu d’énergie devrait être constante. Je crois et j’espère que les systèmes présentés ici seront remplacés par des projets plus soigneusement conçus — à mesure que nous acquérons de l’expérience et des informations en travaillant sur des systèmes globaux.

1.1 LA PHILOSOPHIE SOUS-JACENTE

« Dans ce monde, les choses sont compliquées et soumises à de nombreux facteurs. Nous devrions observer les problèmes sous différents angles, et pas seulement sous un seul. »  (MAO TSÉ-TUNC, 1945)

C’est peut-être Fukuoka3, dans son livre La révolution d’un seul brin de paille, qui a le mieux énoncé la philosophie fondamentale de la permaculture. En bref, il s’agit de travailler avec et non contre la nature. Il s’agit d’observations prolongées et consciencieuses, plutôt que de travail prolongé et inconscient ; et de regarder les plantes et les animaux dans toutes leurs fonctions, plutôt que de traiter un site comme un système à production unique. La différence ressemble à celle qui existe entre l’aborigène et le laboureur : le second ouvrirait la poitrine de sa mère pour obtenir plus de lait, le premier ne prend que ce qui lui est librement donné, et il le prend avec respect. Si nous avions étudié les diverses productions de la grande prairie américaine, des savanes africaines et du « bush » australien, nous aurions pu trouver (comme nous l’avons découvert par des analyses ultérieures) qu’elles nous donnent davantage dans leur état naturel que nous n’en pouvons tirer dans un système de labours et de clôtures. On a estimé qu’en Afrique la production de protéines tirées de la viande tomba au 1/60 de son niveau naturel après qu’on y ait coupé les arbres, clôturé, labouré, semé des pâturages et introduit du bétail exotique. Nous voyons ici une dépense d’énergie insensée, un «travail de force», qui a un effet destructeur sur la nature. Il est fréquent en Australie de rencontrer un éleveur de bétail subsistant à peine sur un terrain où vivaient deux ou trois cents aborigènes. Mais pour ceux qui n’ont que peu d’énergie gratuite, la lecture de ce que Fukuoka3 et Bouffier28 (Héros de la nouvelle de Giono « L’homme qui plantait des arbres ». Il n’a en fait jamais existé ! N.d.T.) ont réalisé — à pied, sur de grandes superficies, et avec des productions importantes — sera une source d’inspiration. Dans le centre du Honduras, Andersen18 décrit les jardins autour des maisonnettes : Près de la maison, et l’entourant souvent plus ou moins, s’étend sur plusieurs centaines de mètres carrés un jardin-verger compact. Il n’y en a pas deux semblables. Ce sont des plantations bien tenues, plus ou moins regroupées. Y poussent divers arbres fruitiers (des agrumes, des mélias, ici et là un manguier, un fourré de caféiers ombragé par les plus hauts arbres)… Des plants de manioc d’une ou deux variétés sont plus ou moins alignés en bordure des arbres. Il y a fréquemment des carrés de taro. Telle est la structure de base des jardins-vergers. Ici et là, en lignes ou en carrés, sont plantés maïs et haricots. Les lianes de diverses cucurbitacées grimpent sans ordre sur tout cela : la chayote (choko) cultivée pour ses fruits et sa grosse racine riche en amidon ; la luffa dont le squelette fibreux sert d’éponge et de tampon à récurer. Elles escaladent l’avant-toit et courent le long de la poutre faîtière, grimpent au sommet des arbres ou festonnent les barrières. Des fleurs et diverses plantes utiles (dahlias, glaïeuls, roses grimpantes, asperges, fougères, balisiers) mettent en valeur l’ensemble du jardin. L’amarante à graines est « une sorte de mauvaise herbe désirable qui se ressème d’elle-même ».

Autour des « jardins d’arrière-cour » qui viennent d’être décrits, il note qu’au Mexique certains champs sont « parsemés de guavas et de guamuchiele subspontanés, dont les fruits sont soigneusement récoltés. Étaient-ce des vergers ou des pâturages ? Quels mots existe-t-il dans notre langue pour décrire de tels groupements ? ». Andersen établit le contraste entre la pensée des Européens, stricte, ordonnée, linéaire, segmentée, et la polyculture des tropiques sèches, productive et plus naturelle. L’ordre qu’il décrit est un ordre semi-naturel de plantes en relations correctes les unes avec les autres, n’étant pas séparées en divers groupements artificiels. Mieux, la maison et la clôture forment un treillis essentiel pour le jardin, de sorte que l’on ne sait où sont les limites entre verger, champ, maison et clôture, où se trouvent les plantes annuelles et les vivaces, ni même où la culture cède la place aux systèmes naturels. L’homme de la monoculture (une figure pompeuse que j’imagine souvent, parfois gras et blanc comme un consommateur, parfois sombre et raide comme un fermier motorisé) ne peut supporter cette complexité dans son jardin ou dans sa vie. Son monde est celui de l’ordre et de la simplicité.

Permaculture 2 concerne donc la conception, non pas le jardinage ou l’élevage en tant que tels, mais comme éléments d’un système destiné à servir l’homme et les buts d’une bonne écologie. Mais comme le note Fukuoka3: « Les changements, pour engendrer des résultats, doivent commencer au niveau de la philosophie fondamentale » et les changements que je recherche sont beaucoup plus une affaire de philosophie, la recherche de la question juste, que la réponse à une question. Des deux questions : « Que puis-je demander à cette terre ? » ou bien « Qu’est-ce que cette terre peut me donner ? » la première mène au viol de la terre au moyen de machines et la seconde à une écologie soutenue par le contrôle intelligent de l’homme. C’est la guerre ou la paix — et la seconde nécessite plus de réflexion que la première. Que vous soyez debout au centre ou assis sur le pas de la porte, tout ce qu’il vous faut pour vivre bien est là autour de vous. Le soleil, le vent, les gens, les constructions, les pierres, la mer, les oiseaux, les plantes vous entourent. La coopération avec toutes ces choses crée l’harmonie, l’opposition à elles engendre la dissonance et le chaos. Fukuoka3 parle de mahayana, de l’agriculture considéré comme un travail sacré au service de la nature, de la façon dont les personnes de toutes religions sont attirées vers sa ferme et sa philosophie de vie et de culture naturelles, de l’absence de différence entre soi et le monde (car il n’y a pas de différence, mais nous ne pouvons le savoir qu’en ne désirant pas savoir ce qu’il en est). Tout ce que nous pouvons faire est prendre part à la complexité de la vie, nous ne pouvons créer la vie. Mais en « en faisant trop » nous pouvons facilement détruire la vie. De façon plus terre à terre, j’ai parlé de pratiquer l’aïkido avec le paysage à transformer, d’esquiver les coups, de transformer l’adversité en force, et de tout utiliser de façon positive. L’autre approche est de pratiquer le karaté contre le paysage, de le faire produire en employant votre force et en lui décochant des coups violents. Mais si nous attaquons la nature, nous nous attaquons (et nous détruisons) nous-mêmes. Nous pouvons juste espérer comprendre, utiliser ce qui est là. Considérons les quatre principes de culture de Fukuoka3 :

  1. Pas de préparation du sol — ne retournez pas la terre, ce qui lui cause des blessures qu’elle doit s’efforcer de guérir.
  2. Pas d’engrais chimique ni de compost préparé — laissez les plantes et les animaux qui fabriquent l’humus travailler le sol.
  3. Pas d’élimination des herbes indésirables par sarclage ou par herbicide — utilisez ces plantes ; gardez-les sous contrôle par des moyens naturels ou coupez-les occasionnellement.
  4. Pas de dépendance des produits chimiques — les insectes et les maladies, les herbes indésirables et les animaux « nuisibles » ont leurs propres contrôles — laissez agir ces derniers et aidez-les.

C’est comme vous le voyez un système de stratégie agricole réclamant peu d’énergie.

1.2 L’AGRICULTURE PERMANENTE

Il y a plus d’une façon de parvenir à la permanence et à la stabilité en ce qui concerne la terre et la société. L’approche paysanne est bien décrite par King’ à propos de la Chine ancienne. Ici, l’homme apportait à une culture annuelle, de céréales des nutriments venant des canaux, des fosses à fumier, des chemins et des forêts. De par les méthodes utilisées, la période et le régime politique, nous pourrions décrire ce système comme une « permanence féodale ». L’homme était lié au paysage par un labeur incessant au service d’un seigneur. Ceci conduisit en définitive à la famine et à la révolution.

Une seconde approche est la pâture permanente que procurent la prairie, la pampa et les fermes occidentales modernes, où de grandes propriétés employant peu de personnes créent de vastes pâturages, habituellement pour une seule espèce animale. Les meilleurs termes pour décrire ce système sont : «permanence des barons» — avec d’immenses propriétés, presque royales, où l’on travaille au plus bas niveau possible d’utilisation du terrain ; car le pâturage est l’usage de la terre le moins productif que nous pouvons imaginer. De tels systèmes, lorsqu’ils sont mécanisés, détruisent des paysages entiers et la complexité de leurs sols. Les forêts, qui pour les industriels ne représentent que du bois, sont une autre forme d’agriculture permanente. Mais elles ont besoin de générations de soin et de connaissances et donc un respect tribal ou communautaire, qui ne se rencontre que dans les groupes humains stables. C’est là la permanence communautaire que beaucoup de nous recherchent : pouvoir planter dans notre vieil âge un noyer ou un oranger en sachant qu’il ne sera pas coupé par les enfants de nos enfants. Plus nous nous éloignons de la permanence communautaire, plus grand est le risque de tyrannie, de féodalisme et de révolution, et plus il faut travailler pour un maigre profit. Toute erreur ou perturbation peut provoquer un désastre, comme une année de sécheresse ruine la récolte de céréales dans le désert ou comme une décision politique lointaine modifie les prix. Le risque réel est que les besoins de ceux qui vivent « sur le terrain » (les habitants) soient inféodés aux besoins (ou à l’avidité) du commerce et du pouvoir centralisé ; que la forêt soit coupée pour construire des vaisseaux de guerre ou fabriquer des journaux et que nous soyons réduits à l’état de serfs dans un paysage désolé. Telle fut la destinée de la paysannerie en Europe, en Irlande et dans une grande partie du Tiers-Monde.

Je peux esquisser sommairement la manière d’utiliser moins d’énergie, mais l’avidité et l’usage irréfléchi peuvent aisément renverser le processus. Le diagramme de la fig. 1.1 est une illustration simple mais suffisante de ce que je veux dire. Des forêts sélectionnées ne font pas que produire plus que des cultures annuelles, mais fournissent également des nutriments et des ressources énergétiques pour ces cultures. La caractéristique de tous les systèmes d’agriculture permanente est que leurs besoins en énergie sont fournis par le système. L’agriculture moderne dépend totalement de sources d’énergie extérieures — d’où la dépendance à l’égard du pétrole.

Sans agriculture permanente, la possibilité d’un ordre social stable n’existe pas. Quand j’ai créé le mot permaculture, j’avais en tête à la fois le problème social et celui de l’environnement. Il se peut que la surpopulation elle-même soit une réaction à l’accroissement des besoins énergétiques que connaissent les cultures annuelles, car le problème ne se posait pas dans les régions de forêts, de même qu’il est inexistant dans les villages industrialisés, ou dans les zones tribales, où un excès d’énergie est localement disponible.

En s’éloignant des systèmes de production permanents, où la terre est utilisée en commun, pour se diriger vers une agriculture annuelle et commerciale, où la terre est considérée comme un bien de consommation, on passe d’une société à faible consommation énergétique à une société gaspilleuse d’énergie, on exploite la terre et l’on requiert des sources d’énergie extérieures, principalement dans le Tiers-Monde. Les gens pensent que je suis un peu fou quand je leur dis de rentrer chez eux pour jardiner, ou de ne pas s’impliquer dans l’agriculture mécanisée à grande échelle ; mais un peu de réflexion et de lecture les convaincra que c’est en fait la solution à de nombreux problèmes mondiaux.

Une synthèse totalement nouvelle des systèmes utilisant plantes et animaux, en se servant d’une méthode de conception postindustrielle, voire de l’informatique est maintenant possible. Pour ce faire, on applique les principes du flux d’énergie dans les systèmes globaux, mis au point par Odum19, et les principes de saine écologie énoncés par Watt’ et par d’autres personnes. Mais c’est, comme on dit, une autre paire de manches que de mettre au point des systèmes de permaculture pour les besoins locaux, régionaux et personnels. Les aborigènes de Tasmanie ont transmis à leurs descendants une légende des « vrais signes »: quelque chose qui vous arrive ici signifie qu’autre chose se passe là-bas. Quelque chose qui arrive maintenant signifie qu’autre chose se passera plus tard. Les fantômes pincent les muscles de l’épaule quand quelqu’un meurt, les vagues se lèvent sur une mer d’huile pour signaler une maladie, et la plante nommée « ti » ouvre ses fleurs lorsque les cygnes pondent leurs premiers oeufs (« Allez vite au lagon car les premiers oeufs peuvent être mangés et les cygnes vont encore pondre. »)

Virgile 10 parle aussi de ces choses : « Une bonne récolte de blé succède à une bonne récolte de noix et quand le noyer ne produit que des feuilles, le blé ne donnera que de l’herbe. » Le « ti » et le noyer indiquent la complexité des relations qui peuvent exister entre les espèces. Il faudrait un ordinateur bien perfectionné pour manifester ces relations, mais elles guidaient autrefois les sages et l’homme moderne doit les réapprendre. En Tasmanie, les Européens, les Blancs, occupent précisément la zone où pousse le « stringy bark » — écorce fibreuse — (Eucalyptus obliqua) : ils ne dépassent pas volontairement ce domaine. Les tribus d’aborigènes étaient limités géographiquement par des arbres « frères » comme l’« iron-bark » (écorce de fer), le cerisier natif ou le « cider gum » (eucalyptus à cidre). L’écologie tribale était l’écologie de cet arbre. Blesser un arbre était blesser un frère ; ce point de vue traduit une attitude conservationniste sophistiquée. Peut-on abattre un frère et vivre ? Le maître-des-récoltes choisi pour sa mémoire fidèle, était donc l’homme le plus important de la tribu. Ce n’était pas le chef (de la guerre), ni le médecin (de l’esprit et du corps), mais l’ordinateur vivant, d’une longue lignée de mémoires précises, qui orchestrait la récolte de la nourriture, qui décidait des tabous et des interdits, des fêtes et des célébrations. C’est lui qui assurait la continuité de la permaculture tribale. Nous manquons de maîtres-des-récoltes aujourd’hui.

 



  1. AGRICULTURE ANNUELLE. FORTE CONSOMMATION D’ÉNERGIE
  2. CONVERSION PARTIELLE EN FORÊT PRODUCTIVE. RÉDUCTION DES BESOINS D’ÉNERGIE ET DES PERTES DE
    NUTRIMENTS
  3. CONVERSION ACHEVÉE. LA FORÊT PRODUCTIVE DONNE COMBUSTIBLE ET NUTRIMENTS POUR UN PETIT JARDIN
    ANNUEL. LA PRODUCTION TOTALE EST SUPÉRIEURE.

FIG. 1.1 : LA CONVERSION DE CULTURES ANNUELLES EN CULTURES VIVACES SUR UNE SUPERFICIE
IMPORTANTE RÉDUIT LES BESOINS DE TRAVAIL ET SUPPRIME LE RECOURS A DES SOURCES
D’ÉNERGIE EXTÉRIEURES.


 

2. PLANIFIER LE PAYSAGE

Si je pouvais avancer un seul critère pour distinguer la permaculture des autres systèmes d’agriculture, avec l’exception notable du concept de « keyline » (ligne-clé), c’est que la permaculture est avant tout un système d’agriculture consciemment planifié. Les raisons principales pour planifier un système utilisant les végétaux sont les suivantes :

  • économiser notre énergie à l’intérieur du système ;
  • mobiliser les énergies pénétrant le système de l’extérieur (soleil, vent, feu) ;
  • arranger les plantes pour qu’elles s’aident mutuellement à vivre en bonne santé ;
  • disposer de façon optimale tous les éléments (plantes, terrassements et constructions, maisons) dans le paysage ;
  • s’adapter au climat et au site (plan spécifique) ;
  • y intégrer l’homme et la société ; économiser le combustible pour cuisiner et se chauffer ;
  • fournir à l’homme de quoi couvrir ses multiples besoins d’une façon réalisable par chacun

En regardant autour de nous, nous ne trouvons guère de trace de planification réussie, que ce soit dans le paysage ou dans la conception de la plupart des habitations. Les personnes s’occupant de l’aménagement du territoire sont légion, mais où est le résultat de leur travail ? A part les plantations réalisées pour l’esthétique, pour faire joli, inspirées du mode contemplatif des jardins japonais classiques ou les perspectives contrôlées des jardins du Taj Mahal (réminiscents des entrées des résidences d’apparat anglaises ou américaines, artificielle et raides) où pouvons- nous trouver des critères de planification fonctionnelle ?
La répartition stricte des fonctions autour des établissements humains, que décrit Von Thunen dans son analyse des villages du nord de l’Europe à l’époque pré-industrielle, donne l’apparence d’avoir été planifiée, mais elle est en fait le résultat inconscient des limitations dues au système économique de cette communauté, basée sur le travail à pied et à cheval. De telles dispositions sont des modèles imposés aux gens et au paysage, non pas des plans conscients, choisis en fonction de leur intérêt pour la société et pour les économies d’énergie.

Les pelouses bien ordonnées conduisant au Taj Mahal sont entretenues par. un groupe de 20à 30 veuves accroupies, munies de petits couteaux pour couper l’herbe. Elles sont forcées de faire ce travail dégradant pour maintenir un symbole d’une noblesse disparue, sur l’ordre de ceux qui
admirent ce statut. Le patient jardinier britannique remet sa mèche de cheveux en place et taille sans trêve les haies des nouveaux riches ; l’employé municipal ne soigne les parcs et les jardins de la ville que pour ce qu’ils représentent aux yeux du public. Une telle orientation de la « planification » consiste à forcer la nature et le paysage à saluer la richesse et la force ; elle n’a pas d’autre but ni d’autre fonction. La seule chose que démontrent de tels modes de planification, c’est que le pouvoir peut forcer les hommes, les femmes et les plantes à gaspiller leur énergie dans un labeur imposé, servile et sans intérêt, de même que le jardinier du dimanche tondant sa propre pelouse essaie de maintenir une pâle imitation de ce statut social élevé qu’il convoite. Mais dans ce cas, il est bien sûr le serf schizoïde en même temps que le seigneur féodal, poussant sa tondeuse, brandissant ses cisailles pour tailler la haie, déformant les rosiers et les troènes pour en faire des sujets d’ornement grotesques qui reflètent son éducation mesquine et frustrante.

Nos paysages et nos habitations sont le reflet exact de nos conceptions du monde et de nous-mêmes ; il est donc rare qu’ils fassent des concessions à des principes fonctionnels ou utilitaires. Le terrain entourant les églises et les écoles témoigne du même gaspillage insensé, ce qui maintient ceux qui y vont ou qui les dirigent dans la certitude que le statut social est tout, et que l’utilité n’a ni place ni signification dans ce monde. L’une des histoires vécues que je préfère est celle d’un homme de Burnie, en Tasmanie, qui avait osé planter des choux sur sa « bande de nature » — le bout de terrain sacré et conventionnel qui se trouve devant chaque maison. Comme il avait fait ainsi la preuve de son manque de sens des convenances, la municipalité le rappela abruptement à l’ordre en envoyant des camions et du personnel pour arracher ses légumes (qui n’étaient que purement utilitaires et n’avaient donc aucune valeur esthétique). Je dois dire, pour être juste, que ceci se passait en 1977. En 1979, la municipalité de Burnie et d’autres villes alentour avaient commencé, à titre d’essai, à planter des arbres produisant fruits et graines oléagineuses dans leurs parcs publics. Il est vrai que les exemples d’arbres donnant de l’ombre ne manquent pas, mais ce serait un arbre de bien peu de valeur, qui ne pourrait donner son ombre à l’homme et à la terre. Il est vrai aussi que la compréhension affinée de la nutrition végétale a entraîné le développement de la
rotation des cultures.

Et l’agriculture intensive traditionnelle dans l’ouest, est un exemple de planification consciente dans l’espace et dans le temps, utilisant les plantes et les animaux en succession judicieuse pour ramener le sol à la santé. Dans son livre, King5 donne de nombreux exemples de ce que les peuples orientaux ont réalisé en matière d’agriculture permanente grâce à un travail intensif. Nombre d’entre eux font preuve d’ingéniosité en « empilant » les systèmes végétaux (cultures étagées) pour obtenir de meilleurs rendements sur le même terrain. Mais un ouvrage récent de Fukuoka 3 va encore bien plus loin.

Il dépasse celui de Phillips et Young4 qui dépendent d’applications massives d’herbicides (principalement le 2-4 D) et d’engrais pour réaliser la culture à large échelle de céréales et de légumineuses. Des signes de meilleures planifications utilisant « les plantes pour les plantes » existent. Il ne fait aucun doute qu’elles deviendront bientôt plus sophistiquées et seront plus largement utilisées, rien que pour des raisons économiques et sanitaires.

 

 

Arrêt de la retranscription


Ci-dessous quelques illustrations présentes dans le PDF :

 


27


FIG. 210 : PLAN THEORIQUE D’UNE PENTE COMPRENANT EAU ? BATIMENTS ET ACCES

FIG. 2.11: COUPE TRANSVERSALE D’UN PAYSAGE SCHÉMATISÉ.

FIG. 2.12: L’AGRICULTURE EN COUCHES SUPERPOSÉES DANS LA VALLÉE DU NIL SELON
WILLIAMS. LES PALMIERS FONT DE L’OMBRE AUX AUTRES CULTURES. SI L’EAU MANQUE,
TOUS LES ÉLÉMENTS DOIVENT ÊTRE ESPACÉS.

FIG. 3.1 : RÉHABILITATION DU SOL PAR LA SOUS-SOLEUSE.

FIG. 3.2 : SCHEMA DE LA CULTURE SANS LABOUR DES CEREALES ET DES
LEGUMINEUSES.

4

FIG. 3.3 : MULCH EN COUCHES.



FIG. 4.2: SCHÉMA D’UNE PRODUCTION AÉGULIÈRE DE FOURRAGE SUR L’ANNÉE.


FIG. 4.3 : PERMACULTURE ARBORICOLE. PATURAGE CLÔTURÉ ÉLECTRIQUEMENT AU
CENTRE ; CENTRE ET COINS MAL CONFIGURÉS PLANTÉS D’ARBRES PRODUCTIFS,
CLÔTURES PLANTÉES D’ESPÈCES FORMANT BARRIÈRE.

FIG. 4.4 : STRUCTURE IDÉALE POUR DES ARBRES PRODUCTIFS EN PLAINE. ESPÈCES A
FEUILLAGE CADUQUE AU SUD, A FEUILLAGE PERSISTANT AU NORD. LES AUTRES SERVENT
DE BRISE-VENT, DE REFLECTEURS DE CHALEUR, DE PROTECTEURS DU BÉTAIL, DE TAMPON
CLIMATIQUE, DE DIVERSIFICATEURS DE LA PRODUCTION, DE PRODUCTEURS DE
COMBUSTIBLE, DE PROTECTION CONTRE L’ÉROSION ET DE NOURRITURE POUR LE BÉTAIL
RÉSISTANTE A LA SÉCHERESSE.




PHOTO 5.1 : KIM TIJAYA DANS LA NOUVELLE PÉPINIÈRE D’ERNABELLA. LES MURS SONT
FORMÉS DE GRILLAGE. ON RECOUVRE POUR FAIRE DE L’OMBRE ET ON SUSPEND DES
ARROSEURS AU PLAFOND. DE TELLES PÉPINIÈRES PEUVENT ÊTRE ÉRIGÉES PARTOUT.



PHOTO 5.2 : LE VIEUX MIKE A KAAPA COMMENCE UN MULCH DE PAILLE POUR UN CHAMP
DE PASTÈQUES.




FIG. 5.2 : RELATIONS IDÉALES — EAU, LIEU DE VIE, JARDINS POUR PAYS ARIDES.
PLANTATION


FIG. 5.3 : RÉSEAU ET CUVETTE POUR COLLINE SÈCHE ET PIERREUSE.

FIG. 5.4: DÉTAIL D’UNE CUVETTE.

FIG. 5.6 : A WOMIKUTTA : UN ROCHER MASSIF AMÈNE l’EAU A LA BASE DES DUNES

FIG. 5.7 : A KATJIKRTJIDAAR. PLANTATIONS SUR SITES SÉLECTIONNÉS LOCALEMENT POUR L’ÉCOULEMENT DES
EAUX



FIG. 5.8 : AU-DESSUS DE KATJIKRTJIDARA : DES RAVINEMENTS DANS LE ROCHER
RECUEILLENT DE LA TERRE, DE L’EAU, DES FEUILLES ET DES FIENTES. CES ZONES
PEUVENT ÊTRES SANS TERMITES.

· ·/
FIG. 5.9 : A WILSONS CREEK : LES RIGOLES SABLONNEUSES ENTRE LES ROCHERS
RESTENT HUMIDES LONGTEMPS APRÈS LA PLUIE.

FIG. 5.10: PRÈS D’ERNABELLA.

FIG. 5.11 : VIEIL ENCLOS A BETAIL. LES FIENTES AGISSENT COMME UNE EPONGE

FIG. 5.12: SECTION SELON A-B DE LA FIG. 5.13 MONTRANT LES SIPHONS ET LES
CHAMPS.

FIG. 5.13: ÉCOULEMENT DES EAUX AMENÉ PAR SIPHON AUX PETITS CHAMPS
TRAVAILLÉS A LA SOUS-SOLEUSE.



Tout ceci nécessite du temps, des machines et du travail pénible, mais le résultat final est un
système ne demandant que peu d’entretien, et réparable à la main.

FIG. 5.14: UN PETIT PUITS DANS UNE COUCHE D’ARGILE OU A LA BASE D’UN ROCHER
RETIENT L’EAU POUR CAILLES, PIGEONS, LÉZARDS ET ABEILLES. POISSONS ET MOULES
MAINTIENNENT L’EAU CLAIRE. LE BÉTAIL NE PEUT SALIR DE TELS PUITS.

FIG. 5.15: DES « PUITS » FORMÉS DE FEUILLES DE PLASTIQUE DANS LES DUNES OU SOUS
LES PLANCHES DE LÉGUMES, RETIENNENT L’EAU POUR LES RACINES.

PHOTO 5.3 : « YUU » A L’AVANT-POSTE DE KAAPA-CITY. LA « WILTJA » EST TOUT JUSTE
VISIBLE A DROITE. AUTOUR DES STRUCTURES, SUR LESQUELLES ON PEUT FAIRE
POUSSER DES PLANTES, LE SOL EST BALAYÉ.

83




PHOTO 5.4 : KIM ET ANDREW A WOMIKUTTA, PLANTANT DES OLIVIERS ET DES
PISTACHIERS AU PIED D’UNE GOUTTIÈRE NATURELLE FORMÉE PAR LE ROCHER AU
PREMIER PLAN, QUI PLONGE PROFONDÉMENT DANS LE SABLE (VOIR FIG. 5.6 ET 5.7).

FIG. 5.16: DES « PUITS » DE FUMIER DANS DES COUCHES D’ARGILE STOCKENT LES EAUX
D’INONDATION POUR LES PLANTES SUR LES MONTICULES.

FIG. 5.17: ULLUMPARA : PLAINES TRÈS ROCAILLEUSES.

FIG. 5.18: DÉTAIL D’UN TROU DE PLANTATION.

FIG. 5.19: CONDENSATEUR LOCAL UTILISÉ EN AUSTRALIE OCCIDENTALE (DONNÉES DE
PHILIP GALL).

FIG. 5.20: CE CONDENSATEUR EN PLASTIQUE UTILISE DES FEUILLES OU DE LA TERRE
POUR CONDENSER L’EAU DU RÉSERVOIR DE LA PLANTE.

FIG. 5.21 : SERRE EN PNEUS. LE PLASTIQUE CONDENSE L’HUMIDITÉ DE LA NUIT. LA
FEUILLE DE PLASTIQUE EST RETIRÉE À LA FIN PRINTEMPS. AUTO-ARROSÉ ET RÉSISTANT AU
GEL.

PHOTO 5.5 : ALLEN JENKINS SUR LE BARRAGE D’ULLUMPARA DANS UNE VALLÉE
ROCHEUSE. LE BARRAGE FOURNIT DE L’EAU EN ABONDANCE POUR LES JARDINS. IL
EXISTE DE NOMBREUX SITES DE CE TYPE DANS LES DÉSERTS.

 



FIG. 5.22: ENCLOS-PIÈGE. L’ABREUVOIR ATTIRE LES HERBIVORES REDEVENUS SAUVAGES.

FIG. 5.23: DÉTAIL DE LA PORTE DE L’ENCLOS-PIÈGE. LES POTEAUX INCLINÉS FONT QUE LA
PORTE D’ACIER RETOMBE ET SE FERME APRÈS QUE LES BOVINS ET LES CHEVAUX L’ONT
OUVERTE POUR ACCÉDER A L’EAU (L’INCLINAISON EST EXAGÉRÉE ICI). D’APRÈS LE PIÈGE
DE WARRENS CREEK.

PHOTO 5.6 : WILLY A ULLUMPARA, AU-DESSUS DU PETIT BARRAGE QU’IL A
CONSTRUIT POUR SON JARDIN.


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3 réponses à “Permaculture: un guide complet [PDF]

    • Merci, et surtout à l’auteur ! Mais comme vous pouvez le voir, à cette heure, la mise en page est à revoir et à adapter au site, car le copié/collé depuis le fichier texte est catastrophique ^^ Tellement de mises à jours à faire, de dossiers à compléter, finir ou fignoler …

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