Au doux pays de l’autarcie

La croissance étant aux abonnés absents, le travail se raréfiant, le partage revient au devant de la scène… l’occasion peut-être d’évoquer l’autarcie, vision d’un autre monde, plus solidaire, plus doux, moins gaspilleur.

Le mot est donc lâché : l’autarcie.

Par ces temps de crise financière, sociale, et politique, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui, tournant le dos à la société que l’on nous propose, ont mis l’autarcie dans leur ligne de mire, sans attendre les « lendemains qui chantent » promis par des générations de politiciens, dont les promesses ne cessent d’être des paroles en l’air, et laissé l’action remplacer l’indignation. lien

Dans une logique de « décroissance », d’autosuffisance, l’autarcie se conjugue sur tous les aspects de la vie sociale : énergie, économie, santé, loisirs, création…

Sur la question économie, il y a le SEL, service d’échange local, qui permet à un citoyen d’échanger un service, une marchandise, contre un autre service, ou une autre marchandise.

C’est aussi une autre approche du monde du travail, sans être pour autant du travail au noir, une autre approche du troc, même si dans le cadre du sel, on n’est pas tenu de rendre à celui dont on reçoit. lien

La définition d’usage est qu’il s’agit d’un « système d’échange alternatif au sein d’un système monétaire et économique traditionnel. Il rassemble au sein d’une association ou d’un réseau des personnes qui échangent entre elles des biens et des services, sans souci mercantile et sans utiliser d’argent ». lien

Le barème habituel pour donner un cadre à l’échange est généralement basé sur le temps (1 heure = 60 unités).

La carte des 450 SEL de France est sur ce lien, et on peut découvrir les adresses des différents SEL sont sur ce lien.

Il s’agit surtout d’un échange de compétences, et le SEL est une opportunité pour ceux qui décident, ou ont déjà décidé d’approcher l’autarcie.

La question de l’énergie passe par la production solidaire et partagée, chère à Jérémy Rifkin (lien) consommée à proximité, évitant ainsi les pertes énergétiques et financières liées aux centrales thermiques, qu’elles soient nucléaires, au charbon, ou au pétrole, puisque le cout du transport de l’électricité représente 46% du montant de nos factures. lien

Pour notre pays qui, bon an, mal an, consomme 270 MTEP (millions de tonnes équivalent pétrole), (lien) une consommation sur place de toute l’énergie produite, chaque fois que c’est possible, permettrait de ramener théoriquement nos besoins à 220 MTEP. lien

Ensuite, une isolation performante des habitations, des immeubles, des bureaux, outre qu’elle serait créatrice de 75 000 emplois/an, (lien) diminuerait nos besoins de 20 MTEP.

Prenons l’exemple d’un hameau, composé d’une centaine de personnes.

Une petite centrale à méthane, utilisant soit le petit lait, le compostage, les déchets ménagers, les déchets d’étables, les déjections animales… peut produire régulièrement 160 mètres cubes de méthane par jour (lien) soit 240 litres de pétrole. lien

Ce méthane est brûlé directement dans un totem (moteur spécial méthane), lequel moteur doit être refroidi, permettant ainsi une production d’eau chaude utilisée pour les habitations, et produira de l’électricité, laquelle sera consommée sur place. lien

Mais ce méthane peut aussi servir comme carburant pour nos véhicules. lien

C’est ce qu’avait réalisé, il y a bien longtemps, Jean Pain, dans son Vercors, ou dans le Var.

Celui qu’on a appelé le « Pape de l’or vert » avait commencé sa carrière en devenant garde forestier sans salaire, s’étant installé sur un terrain de 3 hectares, commençant par mettre en place un dôme de 3 mètres de haut et 6 mètres de diamètre constitué de broussailles broyées.

Au milieu de ce « gâteau » énergétique, il avait placé une cuve d’acier hermétique de 4 mètres de haut, pleine de débris végétaux de 2 mois d’âge, macérant dans l’eau, et grâce à la chaleur dégagée par le compost qui le recouvrait, il récupérait ainsi le méthane produit. lien

Il avait ainsi constaté que 10 kg de broussailles broyées fournissait l’équivalent d’un litre de pétrole, que l’eau chaude produite par la meule permettait d’alimenter tous les radiateurs de son habitation, et que le compost produit lui permettait d’avoir des légumes et des fruits en quantité, de grande qualité.

Ce qui n’est pas sans nous rappeler le BRF, dont il a été l’initiateur. lien

Il en avait déduit que 1000 hectares de forêt pouvait produire près d’un million de mètres cubes de méthane, des millions de litre d’eau chaude, et 6000 tonnes d’engrais.

Or la forêt française couvre une superficie de plus de 16 millions d’hectares, (lien) ce qui signifie que potentiellement, elle permettrait théoriquement la production de 16 milliards de M3 de méthane, soit 24 milliards de litres de pétrole. lien

Mais, s’il n’est pas question de broyer toute la forêt française pour en faire du méthane et du compost, on peut acter du potentiel des forêts appelées « de culture », et constatant sa sous-exploitation actuelle, (qui provoque un manque à gagner pour l’état de 6 milliard/an), imaginer la valorisation que l’on pourrait en faire, sans pour autant en diminuer la superficie. lien

Au-delà de cette énergie à la portée de tous, propre à permettre l’autarcie, n’oublions pas le photovoltaïque, qui grâce à la lumière, produit de l’électricité, le petit hydraulique, ni le petit éolien qui peut prendre le relais lorsque le soleil n’est pas au rendez vous.

Sur le chapitre de la santé, on oublie souvent que nous avons sous la main toutes les plantes pour nous guérir, et que les médicaments traditionnels ne sont généralement que l’exploitation marchande des molécules de ces plantes. lien

De l’utilisation basique des plantes, à celle sous la forme d’huiles essentielles, qu’il n’est pas si complexe de fabriquer, en passant par le « médicaliment », se soigner passe aussi par une consommation d’aliments sains et équilibrés, évitant ainsi le gâchis de leur transport en se limitant le plus souvent possible à la consommation de produits de saison.

Sur le chapitre de l’habitat, au-delà du DiY (Do it Yourself) qui offre la possibilité, par des créations originales d’améliorer nos lieux de vie (lien), et qui propose même un site sur FB (lien), il existe surtout un livre étonnant : « Savoir revivre » de Jacques Massacrier,  (éditions Albin Michel).

Paru dans les années 70, et réédité régulièrement, c’est un manuel largement illustré, donnant toutes les clefs de l’autonomie allant de l’auto construction, à l’alimentation, en passant par le jardinage, le traitement des déchets, la cuisine, l’énergie, etc…

Extrait : « en retournant près de la nature, nous contribuons à la protéger, nous réintégrons notre élément naturel et cessons de collaborer avec une société dont la vitalité est basée sur le gâchis. Nous sommes peut-être les pionniers d’une grande migration vers un monde meilleurs qui est à notre portée. L’homme s’obstine à inventer l’Enfer dans un milieu paradisiaque ».

Ce livre, qui a plus de 30 ans n’a rien perdu de sa pertinence, et on peut y apprendre à faire son pain, produire du charbon de bois, fabriquer des bougies, son savon, conserver des aliments, lutter contre l’invasion des fourmis, faire différents nœuds, fabriquer un panier, créer différents vêtements, bouturer, marcotter, découvrir le bon voisinage des plantes entre elles, connaitre les moments de la lune où il faut planter chaque espèce, les vitamines que procurent chaque aliment, découvrir les vertus des plantes médicinales, fabriquer son dentifrice, s’initier à la réflexologie, soigner diverses maladies, découvrir des tas de recettes de cuisines, de la fabrication du curry, à celle de la moutarde…même la météorologie est abordée…

Sur ce lien, les détails de ce livre incontournable pour tous ceux qui sont tentés par l’expérience de l’autonomie et de l’autarcie.

Cela permet de visualiser toutes les pages de l’ouvrage, mais on peut aussi acquérir le livre version papier, ce qui est tout de même plus pratique. lien

C’est le moment d’évoquer le réseau des « jardins partagés », permettant aux jardiniers amateurs de partager leurs techniques, mais aussi leurs fruits et leurs légumes. lien

Et puis il y a le mouvement lancé entre autres par François Rouillay, coordinateur national « d’incroyables comestibles » qui propose dans une logique d’autosuffisance, de «  transformer nos territoires en immenses potagers  », avec des jardins sur les toits des immeubles, comme récemment à Chicago. lien

En effet, rien n’interdit de planter des arbres fruitiers entre les barres d’immeubles, de cultiver des fruits et des légumes à la place des pelouses de nos citées, ou sur les balcons, les toits.

Comme le dit Rouillay, dans la droite ligne de Pierre Rabhi et de son mouvement «  Colibris  », dont il est un grand admirateur : « cela montre que loin des grands médias, une révolution citoyenne, celle de la gratuité et du partage est en marche », convaincu que « ce sont les marginaux d’aujourd’hui qui créent les nouvelles solidarités de demain ».

Arte ne lui a-t-il pas décerné le trophée de la meilleure idée contre la crise ? lien

Comme dit mon vieil ami africain : « fais du bien à ton corps pour que ton âme ait envie d’y rester  ».

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

via Au doux pays de l’autarcie – AgoraVox le média citoyen.

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